Boulevard de la Victoire, n° 10. On pousse la porte de chêne, on traverse la rotonde, et le silence tombe. La pierre blanche, les mosaïques sous les arches, la vapeur qui remonte doucement par les fenêtres cintrées — Strasbourg garde là l'un des plus beaux établissements thermaux d'Europe. Notre maison y a ses habitudes depuis des années ; voici ce que l'on a appris à en connaitre.
Un monument, pas une piscine
Les Bains Municipaux de Strasbourg — Städtische Badeanstalt dans leur nom originel — ont été conçus entre 1905 et 1908 par l'architecte Fritz Beblo, alors chef du service d'architecture de la ville. L'époque est allemande, le chantier impérial, l'ambition sanitaire. Mais ce que Beblo livre dépasse la simple réponse hygiéniste : c'est une œuvre totale, pensée comme un temple où la bourgeoisie et le peuple se croiseraient autour du même rituel de l'eau.
Le bâtiment a été inscrit aux Monuments historiques en 2000, classé en 2017, puis restauré de 2018 à 2021 sous la maîtrise d'œuvre de Châtillon Architectes et TNA. Quarante millions d'euros. Trois ans de chantier. Le résultat, inauguré en novembre 2021, est l'un des très rares exemples européens de bâtiment thermal wilhelminien rééquipé sans que sa peau ait été dénaturée. On y lit encore chaque geste d'origine : le grand bassin néo-classique, le tepidarium chauffé, les colonnades, les vestiaires en bois ciré, les mosaïques de faïence anglaise.
« Beblo ne pensait pas piscines. Il pensait cathédrale du corps. »
Ce qu'on trouve aujourd'hui, au-delà du regard
Les deux bassins historiques
Le grand bassin, long de vingt-cinq mètres, est couronné d'une verrière centrale et cerné d'une arcade à neuf travées. L'eau y est maintenue à vingt-huit degrés. La petite piscine, d'origine réservée aux femmes, ouvre sur un patio lumineux. Depuis la rénovation, les deux halles communiquent par une circulation discrète qui permet de passer d'un univers à l'autre sans sortir de l'eau. Pour qui a nagé dans beaucoup de bassins, la différence se sent immédiatement : on ne nage pas à Strasbourg, on glisse dans une séquence architecturale.
L'espace bien-être et saunas
C'est la grande nouveauté du réaménagement. Le sous-sol, anciennement dévolu aux douches publiques des classes populaires, accueille désormais un parcours complet : hammam humide, sauna finlandais, banya russe, douches sensorielles (dont la fameuse « douche flocon de neige », orgueil des lieux), fontaine de glace, tepidarium chauffé par le sol, salles de repos sur banquettes de marbre, tisanerie. Il existe aussi un bassin extérieur chauffé à l'écossaise, créé sur l'emplacement d'un ancien parking. On y nage en hiver sous la vapeur.
Les soins et le protocole
La carte des soins, volontairement courte, est confiée à des praticiennes formées aux rituels d'Europe centrale. Le gommage au savon noir suivi du massage aux pierres chaudes reste la signature de la maison. Pour les clients de notre conciergerie, nous réservons en priorité les créneaux de 9 h et 10 h 30 : la lumière est alors au zénith dans la verrière, et le calme total.
Comment les Bains fonctionnent, et comment on s'y comporte
Horaires — la vérité derrière le guide officiel
L'établissement ouvre du lundi au vendredi de 9 h à 21 h 30, le samedi de 8 h 30 à 20 h et le dimanche de 8 h 30 à 18 h. L'affluence culmine entre 12 h 30 et 14 h (déjeuner des cadres), puis entre 17 h 30 et 19 h 30 (sortie de bureau). Pour profiter des Bains comme nos clients attendent de le faire, deux créneaux d'or : le samedi entre 8 h 30 et 10 h 30, et tous les jours dès 20 h 15. À cette heure-là, le grand bassin est presque vide, la coupole s'éclaire et l'acoustique redevient celle d'une église byzantine.
Tenue, conduite, étiquette
Le maillot est obligatoire dans les bassins (le slip de bain, pas le short). Dans l'espace saunas, la nudité intégrale s'impose ; le drap de bain se pose sous soi. On entre en silence, on parle à voix feutrée. Les portables restent aux vestiaires. Les enfants ne sont admis que dans le grand bassin, aux heures famille. Les Bains ne sont pas un club, mais leur culture est plus stricte qu'un club.
Réservation et accès privatifs
Les entrées « détente » sont accessibles sans réservation depuis la billetterie en ligne. Pour un groupe, une célébration ou un usage privé du grand bassin, la direction ouvre occasionnellement des privatisations en soirée — entre 21 h 30 et 24 h — soit pour un tournage, soit pour un événement confidentiel. Notre maison a déjà coordonné ce type d'accès pour des fêtes privées, des séances photo et, une fois, un dîner d'une vingtaine de convives assis au bord du bassin illuminé à la bougie. Contactez-nous en amont : ces arrangements ne se font pas au dernier moment.
La dimension patrimoniale, résumée pour un visiteur informé
Le geste de Beblo mélange trois références : l'antique (les thermes romains, les colonnades, le bassin à ciel ouvert), le baroque de Cour (la rotonde d'entrée empruntée au Château de Biebrich), et l'Art Nouveau régional — le Heimatschutz allemand, mouvement qui cherchait à réconcilier modernité industrielle et caractère local. Les toits en queue-de-castor, les pignons asymétriques, les vitraux colorés, la céramique signe la main alsacienne. Les matériaux sont ceux qu'on utilisait pour les grands hôtels de l'époque : marbre blanc de Carrare, faïence anglaise, bronze poli.
À l'intérieur, l'ornementation fut en partie confiée à Ernst Fettig, collaborateur de Beblo. On lui doit les frises de mosaïque des murs latéraux, les médaillons allégoriques (la Source, la Pudeur, l'Hygiène), ainsi que les ferronneries du hall. Lors de la restauration 2018-2021, les équipes ont retrouvé sous la peinture des murs latéraux des décors polychromes originaux masqués dans les années 1960 ; ils ont été intégralement réintégrés. Ceux qui n'avaient pas vu les Bains avant 2018 découvrent donc un bâtiment plus vrai, plus coloré, plus proche du geste initial qu'il ne l'a été pendant un demi-siècle.
Ce que nous recommandons autour, avant et après
Avant
Un petit-déjeuner chez Régis Faller (rue du 22 novembre, pâtisserie confidentielle), puis arrivée à pied aux Bains par le boulevard de la Victoire, qui longe le canal. L'entrée au milieu de la coupolée mérite d'être vue avant que la file s'y forme.
Après
Déjeuner au 1741 (étoile Michelin, face au palais Rohan) pour un menu classique français, ou au Gavroche pour un repas plus simple dans la même rue que les Bains. Pour un thé et une pâtisserie, Mireille Oster (vieille ville) reste une valeur sûre. Si le programme s'étire vers le soir, un passage au bar du Dom Perignon Vinothèque (hôtel Léonor, face à la cathédrale) constitue la meilleure prolongation d'une journée bien-être. Notre conciergerie peut coordonner l'ensemble sur une seule et même journée — voiture avec chauffeur, priorités en restaurant, rendez-vous privé au spa — sans que vous ayez à vous en occuper.



