Analyse Marché · Immobilier Prestige Europe · Knight Frank Wealth Report 2026 · Euronews · 2 mai 2026
Le boom de l'immobilier de luxe en Europe : quelles villes tirent la hausse des prix prime ?
+58,5 %
Tokyo — leader mondial 2025 (Knight Frank PIRI 2026)
+14,6 %
Prague — leader européen 2025 · Top 5 mondial
+25,1 %
Dubai — 2e mondial · Demande Asie-Pacifique
> 50 %
Des 100 villes suivies affichent +3 % en 2025
Il y a une phrase dans le rapport Knight Frank Wealth Report 2026, citée par Euronews le 2 mai, qui résume mieux que n'importe quel chiffre ce que le marché immobilier de prestige est en train de vivre : "In many markets, prime residential property has pulled away from the broader housing sector, underpinned by the strength of wealth creation." En français : dans de nombreux marchés, l'immobilier prime s'est découplé du reste du marché immobilier, soutenu par la vigueur de la création de richesse.
Ce découplage est le fait marquant de 2025 — et il explique pourquoi les données publiées aujourd'hui défient l'intuition des observateurs habituels du marché immobilier. Pendant que les marchés standards, dans la quasi-totalité des pays européens, restaient sous pression — entre hausse des taux, incertitudes géopolitiques, ralentissement de l'économie mondiale et crise du logement qui occupe le Parlement européen depuis des mois — le segment prime, lui, accélérait.
Le classement mondial : Tokyo, Dubai, et la surprise Prague
Le Knight Frank Prime International Residential Index suit 100 villes mondiales, dont 47 en Europe. Pour l'année 2025, les résultats sont sans ambiguïté. Tokyo domine à +58,5 % — une progression hors norme alimentée par la rareté du neuf, des taux d'intérêt structurellement bas et une demande entrante puissante de la clientèle Asie-Pacifique. Dubai arrive en deuxième position avec +25,1 % — bien que ces données soient antérieures à la frappe américano-israélienne sur l'Iran et la réponse de Téhéran aux pays du Golfe, dont l'impact sur les flux de capitaux de la région reste à évaluer. Manille et Séoul complètent un top 4 mondial avec des progressions de l'ordre de 15 à 20 %.
Et puis il y a Prague. La capitale tchèque affiche +14,6 % en 2025 — ce qui en fait la ville européenne la plus performante du classement et la cinquième mondiale. Ce chiffre, qui peut paraître surprenant pour une ville que les observateurs classent encore dans les "marchés émergents" européens, est le reflet d'une dynamique de fond que les professionnels du secteur connaissent bien : Prague est l'une des capitales les plus attrayantes d'Europe centrale pour les UHNWI — elle offre un patrimoine architectural exceptionnel, une qualité de vie élevée, une fiscalité compétitive, et des prix encore très inférieurs à ceux des grandes capitales d'Europe occidentale. La demande internationale — allemande, américaine, moyen-orientale — y a explosé.
L'Europe : plus de la moitié des villes à +3 % — et une divergence interne forte
Sur les 47 villes européennes suivies, plus de la moitié ont enregistré une croissance annuelle des prix prime supérieure à 3 % en 2025. C'est une statistique qui dit quelque chose d'important : ce boom n'est pas le fait d'une ou deux exceptions géographiques. C'est un mouvement structurel, large, qui traverse les géographies et les cultures.
Les villes dont les données sont citées dans l'analyse Euronews-Knight Frank comme moteurs de la dynamique européenne incluent Madrid, Lisbonne, Milan, Dublin et Genève. Madrid bénéficie d'un afflux d'investisseurs latino-américains, nord-américains et du Moyen-Orient, combiné à une offre prime très contrainte. Lisbonne, malgré les débats autour des golden visas et des mesures fiscales, maintient une attractivité internationale très forte — avec des prix en hausse de 15 % sur un an. Milan profite des retombées des Jeux Olympiques d'hiver 2026, de la dynamique de la Mode et de la Finance, et de projets de réhabilitation urbaine ambitieux dans les quartiers Brera, Porta Nuova et Quadrilatero della Moda. Dublin maintient sa trajectoire de croissance portée par la concentration des sièges européens de Big Tech. Genève reste le refuge de référence pour les fortunes mondiales qui cherchent la stabilité géopolitique et fiscale.
Ce que Liam Bailey dit — et ce qu'il ne dit pas
Liam Bailey, rédacteur en chef du Knight Frank Wealth Report, a formulé l'analyse avec une précision qui mérite d'être citée dans sa totalité : "While mainstream markets remain exposed to wider economic pressures, the pace at which wealth is being generated is helping to keep demand for luxury property more resilient, even against recent volatility in debt costs." La création de richesse, dit-il, est assez rapide pour maintenir la demande de propriété de luxe résiliente même face à la volatilité des coûts de financement.
Ce que Bailey ne dit pas — mais que la géographie du classement dit implicitement — c'est que le découplage entre marché prime et marché standard est aussi un découplage entre les marchés que les UHNWI choisissent et ceux qu'ils évitent. Prague, Madrid, Lisbonne, Milan, Dublin, Tokyo, Dubai : ce sont des villes que les grandes fortunes mondiales ont décidé d'habiter, d'où qu'elles viennent. Ce choix collectif est auto-renforçant — plus une ville attire, plus elle développe l'infrastructure qui attire davantage. Et ce mouvement ne s'arrête pas quand les taux montent, parce que les acheteurs UHNWI n'empruntent pas. Ils achètent.
Ce que ces données disent pour le Grand Est et pour Adopte une Conciergerie
La France n'apparaît pas en tête du classement européen. Paris, qui a subi une correction marquée entre 2022 et 2024, est en phase de stabilisation plutôt que d'accélération. Mais cette lecture nationale masque une réalité plus fine. Le marché prime français est fortement concentré géographiquement — Paris 7e, Paris 8e, Côte d'Azur — et les prix dans ces secteurs restent parmi les plus compétitifs d'Europe pour des biens d'exception de premier rang. Et surtout, la dynamique de migration patrimoniale internationale qui alimente Prague, Madrid et Lisbonne profite également, en France, aux marchés régionaux qui offrent quelque chose que les capitales n'ont pas : l'irremplaçabilité du terroir, l'authenticité du bâti historique, la combinaison unique d'institutions européennes et de qualité de vie.


